Mémoires d’Hadrien, de Marguerite Yourcenar

Les memoires d'HadrianMémoires d’Hadrien, de Marguerite Yourcenar, Editions Gallimard, 2001

Memoriile lui Hadrian, închipuite de Marguerite Yourcenar, sunt o colecție de meditații filosofice, sociale, religioase și politice ale unui împărat de seamă al Imperiului Roman, pe fundalul istoric al războaielor de dinaintea încoronării sale și al multiplelor prefaceri benefice din timpul domniei acestuia.

Dacă vă închipuiți că aveți de-a face cu peste 300 de pagini cu relatări plicticoase despre campanii de cucerire sau cu laude de sine ale unui cezar orbit de putere, vă înșelați profund. Confesiunile lui Hadrian sunt atât de bine scrise, de interesante (prin varietatea subiectelor abordate), de profunde (prin acuratețea observațiilor) și de umane (prin sondarea propriei vieți și minți), încât lectura lor este o adevărată plăcere.

Plecând de la numeroase surse de documentare și printr-un proces dificil și îndelungat, cu multe întreruperi și rescrieri, care s-a întins pe parcursul a aproximativ 25 de ani, Marguerite Yourcenar reconstituie viața și domnia acestui împărat roman, la persoana întâi, sub forma unor confesiuni către succesorul lui, Marcus Aurelius.

Iată un fragment din notele autoarei de la sfârșitul romanului, în care explică munca enormă, minuțiozitatea, efortul de imaginație și, nu în ultimul rând, de condensare pe care le-a presupus scrierea memoriilor:

Ce livre est la condensation d’un énorme ouvrage élaboré pour moi seule. J’avais pris l’habitude, chaque nuit, d’écrire de façon presque automatique le résultat de ces longues visions provoquées où je m’installais dans l’intimité d’un autre temps. Les moindres mots, les moindres gestes, les nuances les plus imperceptibles étaient notés ; des scènes, que le livre tel qu’il est résume en deux lignes, passaient dans le plus grand détail et comme au ralenti. Ajoutés les uns aux autres, ces espèces de comptes rendus eussent donné un volume de quelques milliers de pages. Mais je brûlais chaque matin ce travail de la nuit. J’écrivis ainsi un très grand nombre de méditations fort abstruses, et quelques descriptions assez obscènes.

Pe tot parcursul lecturii, a trebuit să-mi reamintesc că ceea ce citeam nu erau memoriile reale ale lui Hadrian, ci gândurile și expresia personalității lui așa cum au fost ele imaginate de Yourcenar. Dar atât de verosimil și de fidel istoriei părea totul, încât cu greu puteam să le privesc ca pe o operă de ficțiune. Observațiile sale acoperă o gamă largă de subiecte, de la natura umană, la ambiție și dorințe de mărire, la nevoia și înțelepciunea de a face alianțe și de a-ți cunoaște dușmanii, la educație, cultură, civilizație, emanciparea femeii, comunicare și toleranță între popoare, dragoste sub mai multe forme, boală, moarte, încredere, copii și moștenire politică, istorică și personală.

Memoriile lui Hadrian _ HumanitasRomanul a apărut și în limba română, la Editura Humanitas, în Colecția Raftul Denisei, 2015, în traducerea lui Mihai Gramatopol. Fără alte cuvinte de prisos, vă îndemn la lectură și vă las cu câteva citate (alese cu greu):

Le véritable lieu de naissance est celui où l’on a porté pour la première fois un coup d’œil intelligent sur soi-même : mes premières patries ont été des livres. À un moindre degré, des écoles.

*

Je ne méprise pas les hommes. Si je le faisais, je n’aurais aucun droit, ni aucune raison, d’essayer de les gouverner. Je les sais vains, ignorants, avides, inquiets, capables de presque tout pour réussir, pour se faire valoir, même à leurs propres yeux, ou tout simplement pour éviter de souffrir. Je le sais : je suis comme eux, du moins par moments, ou j’aurais pu l’être. Entre autrui et moi, les différences que j’aperçois sont trop négligeables pour compter dans l’addition finale. Je m’efforce donc que mon attitude soit aussi éloignée de la froide supériorité du philosophe que de l’arrogance du César. Les plus opaques des hommes ne sont pas sans lueurs : cet assassin joue proprement de la flûte ; ce contremaître déchirant à coups de fouet le dos des esclaves est peut-être un bon fils ; cet idiot partagerait avec moi son dernier morceau de pain. Et il y en a peu auxquels on ne puisse apprendre convenablement quelque chose. Notre grande erreur est d’essayer d’obtenir de chacun en particulier les vertus qu’il n’a pas, et de négliger de cultiver celles qu’il possède.

*

Chacun de nous a plus de vertus qu’on ne le croit, mais le succès seul les met en lumière, peut-être parce qu’on s’attend alors à nous voir cesser de les exercer. Les êtres humains avouent leurs pires faiblesses quand ils s’étonnent qu’un maître du monde ne soit pas sottement indolent, présomptueux, ou cruel.

*

Je me félicitais que notre passé fût assez long pour nous fournir d’exemples, et pas assez lourd pour nous en écraser ; que le développement de nos techniques fût arrivé à ce point où il facilitait l’hygiène des villes, la prospérité des peuples, et pas à cet excès où il risquerait d’encombrer l’homme d’acquisitions inutiles ; que nos arts, arbres un peu lassés par l’abondance de leurs dons, fussent encore capables de quelques fruits délicieux. Je me réjouissais que nos religions vagues et vénérables, décantées de toute intransigeance ou de tout rite farouche, nous associassent mystérieusement aux songes les plus antiques de l’homme et de la terre, mais sans nous interdire une explication laïque des faits, une vue rationnelle de la conduite humaine. Il me plaisait enfin que ces mots même d’Humanité, de Liberté, de Bonheur, n’eussent pas encore été dévalués par trop d’applications ridicules.

*

Je doute que toute la philosophie du monde parvienne à supprimer l’esclavage : on en changera tout au plus le nom. Je suis capable d’imaginer des formes de servitude pires que les nôtres, parce que plus insidieuses : soit qu’on réussisse à transformer les hommes en machines stupides et satisfaites, qui se croient libres alors qu’elles sont asservies, soit qu’on développe chez eux, à l’exclusion des loisirs et des plaisirs humains, un goût du travail aussi forcené que la passion de la guerre chez les races barbares. À cette servitude de l’esprit, ou de l’imagination humaine, je préfère encore notre esclavage de fait.

*

Je n’ai pas d’enfants, et ne le regrette pas. Certes, aux heures de lassitude et de faiblesse où l’on se renie soi-même, je me suis parfois reproché de n’avoir pas pris la peine d’engendrer un fils, qui m’eût continué. Mais ce regret si vain repose sur deux hypothèses également douteuses : celle qu’un fils nécessairement nous prolonge, et celle que cet étrange amas de bien et de mal, cette masse de particularités infimes et bizarres qui constitue une personne, mérite d’être prolongé. J’ai utilisé de mon mieux mes vertus ; j’ai tiré parti de mes vices ; mais je ne tiens pas spécialement à me léguer à quelqu’un.

*

L’une des meilleures manières de recréer la pensée d’un homme : reconstituer sa bibliothèque.

6 Comments

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6 Responses to Mémoires d’Hadrien, de Marguerite Yourcenar

  1. Cam din aceeasi categorie e The Master a lui Colm Toibin (tot nu mai termin cu el 🙂 ), mi-au placut amindoua foarte mult.

  2. Toibin despre cine scrie? Cine e „the master”?

  3. A, da, mi-ai mai zis o dată, am uitat. 😀

  4. Daaa, si mie mi-a placut foarte mult cartea asta!

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